« Je suis nulle en dessin ! » versus « Mon enfant de 5 ans peut le faire ! »

Dans le monde de la création, peu de phrases sont aussi répandues que celles-ci. D’un côté, des adultes persuadés qu’ils n’ont aucun talent artistique et qu’ils sont irrémédiablement « nuls » en dessin. De l’autre, des spectateurs moqueurs, incapables d’apprécier l’expression intuitive d’un artiste abstrait, assénant avec suffisance : « Mon enfant de 5 ans en fait autant ! »

Deux versants du même complexe, une même blessure créative qui coupe tant de personnes d’un pan entier de leur capacité d’expression. Et pourtant, si nous nous laissions aller à cette forme d’expression visuelle, elle serait bien plus simple, directe et puissante que l’expression écrite ou verbale.

Alors, reprenons les bases. Je vous propose de commencer par déconstruire ces mythes.

1. Le dessin n’est pas l’apanage de ceux qui ont un don

Dans Le Nouveau Journal Créatif, Anne-Marie Jobin l’explique très bien : “La créativité est un langage, pas une performance.” Si vous pouvez tenir un crayon, vous pouvez dessiner. “Le journal n’est pas un lieu de création esthétique, mais d’expression libre.” Dessiner, ce n’est pas forcément réaliser des portraits hyper-réalistes. C’est faire des formes, des lignes, des couleurs qui traduisent votre ressenti.

Alors, pourquoi tant d’adultes affirment ne pas savoir dessiner ? Parce qu’à l’âge de 5 ans, quelque chose change. Jusque-là, un enfant trace des traits sans se poser de questions. Mais très vite, il est confronté à des critères d’évaluation et des règles académiques. “Pourquoi croyez-vous que les trois quarts des adultes n’aiment pas dessiner, quand tous les enfants en bas de 5 ans adorent ça ?” (Jobin, 2022). On lui apprend qu’un bon dessin est un dessin ressemblant, un dessin correct. Pourtant, la créativité n’est pas affaire de talent, mais de pratique et d’exploration.

Ce conditionnement est une réelle mutilation du potentiel expressif.

2. « Mon enfant de 5 ans en fait autant » : oui ? Et alors ?

Cette phrase, qui se veut un jugement dévalorisant, est en réalité un formidable compliment. J’adore cette approche de Pamela J. Bates qui assume pleinement sa liberté créative et la joie qu’elle lui procure. Elle m’a apporté beaucoup en partageant cette répartie bien sentie qu’elle a eue en réponse à ce commentaire : “Super ! Et vous ? En êtes-vous encore capable ?” (voir son post Instagram)

Pamela J. Bates, Fire In My Belly Abstract Expressionist Painting, Works on Paper

La spontanéité de l’enfant est une qualité rare. Elle est débridée, sans peur du ridicule ni de l’échec. Certains artistes contemporains revendiquent aussi cette approche pour interroger le regard des adultes.

Un exemple frappant est cet artiste (dont je vous jure de retrouver le nom) qui dessine volontairement des bonhommes patates pour traiter de thèmes avec toute l’ironie que lui permet sa perspective d’adulte. C’est une réponse directe à son professeur de dessin qui lui avait asséné : “vous ne serez jamais un artiste”. Son travail est maintenant reconnu pour sa force expressive. Sa capacité à transformer cette humiliation en force créative est une preuve de résilience exemplaire.

3. Le poids des critiques : mon expérience en école d’art

Dans mes années d’études, j’ai fait l’expérience directe de ce conditionnement. Pendant les cours de modèle vivant, nos dessins étaient étalés au sol, scrutés, corrigés par un professeur ronchon. Il nous expliquait ce qui était juste et ce qui était faux, invalidant de fait des dessins que nous avions réalisés dans un élan expressif. Très vite, nous avons appris à dessiner “comme il faut”.

Des années plus tard, lors d’un autre cours de modèle vivant, j’ai été reconnue comme une ancienne élève de l’école d’art en question, à cause de ce style de “dessin d’établissement” qui m’était resté.

Céline Zuretti, Guillaume de Médicis d’après Michel-Ange, crayon et stylo blanc sur papier, 1998

Céline Zuretti, Après-midi tranquille, stylo sur papier, 2007

Aujourd’hui, je valorise tout autant mon dessin de Guillaume de Médicis, inspiré d’une photo de la statue de Michel-Ange, que mes théières bancales, réalisées d’un seul trait et sans repentir. Ce qui compte, ce n’est pas l’exactitude académique de l’un ou la maladresse expressive de l’autre, mais le chemin parcouru entre les deux vers un dessin plus libre, plus personnel.

4. Souvenez-vous de votre créativité

D’après Anne-Marie Jobin “on peut soigner ces blessures, entre autres en réapprivoisant le plaisir de dessiner et en renouant avec l’essence de son énergie créatrice” (Jobin, 2022). Car votre créativité n’est pas éteinte. Elle est là, sous des couches de jugements et d’exigences. Pour la retrouver, il faut simplement se proposer de reprendre au point où on en est resté tant d’années auparavant. Reprenez votre crayon comme si vous aviez à nouveau 5 ans, comme si vous vous lanciez dans un de ces jeux d’enfants où l’imaginaire prend le dessus.

Lucien, 4 ans, Le toboggan de la piscine, acrylique sur papier, 2024

Enfant, on commence souvent par dessiner un geste spontané avant de décider de ce que cela représente.

Mon fils, par exemple, dessine des tourbillons tout en entonnant un vrombissement qui accompagne sa gestuelle, puis décide que c’est la piscine et le toboggan d’eau qu’il a représentés. Ce processus instinctif est au cœur d’une créativité libre.

Pourquoi ne pas vous lancer ? Prenez une feuille et un crayon qui vous plaît (je vous autorise à piquer un crayon dans la trousse de votre gamin). Dessinez par exemple la maison de vos rêves, comme si vous aviez encore 5 ans. Laissez libre cours à votre imagination, sans chercher la perfection. Inspirez-vous du dessin de Victorine, une petite fille qui a dessiné une maison rouge aux mille fenêtres, simplement parce qu’elle aime le rouge et qu’elle est si éveillée que sa maison doit avoir mille fenêtres sur l’extérieur.

Victorine, 5 ans, Posca rouge sur papier, avril 2024

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Vous souhaitez aller encore plus loin ? Vous sentez que vous êtes prisonnière de la croyance que vous êtes ‘nulle en dessin’ ? Il est temps de briser ces chaînes ! Contactez-moi pour organiser un atelier dédié à la libération de votre créativité et au dépassement des croyances limitantes autour du dessin intuitif !

Osez créer

La créativité, ce n’est pas une question de talent. C’est une question d’autorisation. Alors, donnez-vous cette permission car personne d’autre que vous ne peut le faire. Gribouillez, peignez, exprimez-vous, comme le ferait un enfant de 5 ans.

Et si quelqu’un vous dit « Mon enfant de 5 ans en fait autant », répondez-lui simplement : « Tant mieux, pourvu qu’il ne perde pas cette capacité. »